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Malika Ferdjoukh ou "Le noir sophistiqué"

photo Despatin&Gobeli@Opale.photo/bayard Éditions

Son nouveau roman "Portrait au couteau" parait chez Bayard qui retrouve avec bonheur cette célèbre romancière de la littérature de jeunesse. Un roman entre polar fantastique et roman d'apprentissage dans le Paris de la Belle-Époque et le monde de l'art.

Malika Ferdjoukh a accepté avec plaisir de répondre aux questions de Chloé Morabito, libraire à la librairie Sauramps Odyssée de Montpellier et passionnée de l'œuvre de l'écrivaine. Une interview à paraître dans la revue Page des libraires Hiver n° 212, disponible à partir du 1er février.

Chloé Morabito - Après avoir publié l’excellente trilogie Broadway Limited (L’École des loisirs), qui nous transporte avec brio dans le New York de l’après-guerre, vous choisissez de revenir vers votre genre de prédilection : le thriller. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Malika Ferdjoukh - On sait combien les lectures de jeunesse ont une magnitude et une texture singulières, que ne posséderont jamais les lectures ultérieures, y compris les grandes collisions littéraires plus tardives. Les lectures de jeunesse gravent une empreinte spécifique qui n’appartient qu’à elles. À mon adolescence, je baignais dans Fitzgerald où les êtres souffrent avec élégance, le roman noir américain où l’on tue avec crudité, et Giono qui est… Giono. Il me semble que l’on peut identifier, dans ces trois faces littéraires (pas forcément opposées), le « noir sophistiqué » que j’affectionne.

À la lecture de votre roman, je n’ai pu m’empêcher de penser aux nouvelles fantastiques de Guy de Maupassant, à Théophile Gautier (dont vous faites une allusion directe dans votre récit), ou encore au "Portrait de Dorian Gray" d’Oscar Wilde. Pouvez-vous nous parler plus en détail de vos sources d’inspiration ?

Parlons plutôt de compagnonnage. Elle est stimulante, l’idée d’être accompagnée par des vigies amicales… Bien entendu, nous sommes tous sous influence, que l’on écrive ou pas, d’ailleurs. Pour ma part, j’ai un rituel lorsque j’amorce un roman. Je sors de ma bibliothèque un livre que j’aime et, tout au long de l’écriture, il reste là, sur mon bureau, à portée de main. Peut-être que je n’y mettrai même pas le nez. Il se peut que le contenu, ou l’auteur, n’ait rien à voir avec ce que j’écris (encore que. Les nœuds du lien, souvent, nous échappent). Mais je sais que je travaillerai sous des auspices aimables, généreux, et propices. Pour Portrait au couteau, j’avais "L’autre maison" de Henry James. Auteur qui chérissait les fantômes…

En parlant de vos sources d’inspiration, j’ai trouvé que la scène de l’assassinat est tournée comme une scène d’Hitchcock. Votre roman est-il empreint d’une influence cinématographique ? Si oui, pourquoi ce parti pris ?

C’est réjouissant que vous disiez que ma scène est « tournée», alors qu’elle a été écrite ! Difficile d’échapper à Hitchcock lorsqu’on aborde la parabole du couteau. C’est une constante de l’œuvre, depuis son premier film parlant "Blackmail" au "Rideau déchiré", du crime à l’O.N.U. de "La Mort aux trousses" à l’inévitable "Psychose". Dans "Portrait au couteau", le film "Vertigo" est explicitement convoqué dans la scène au musée d’Orsay, où un personnage observe un autre personnage qui, lui-même, contemple un tableau. Dans une première version du récit, l’analogie ne m’était même pas apparue. Ce n’est donc pas un parti pris. Il a fallu le temps de la réécriture pour que l’évidence me saute aux yeux.

Portrait au couteau - En librairie le 12 janvier 2022 - À partir de 12 ans